AnalyseBâtiment et Matériaux de Construction
BTP : SGTM et TGCC doivent financer la montée en cadence de leurs grands chantiers
Les dossiers sectoriels — Les carnets restent fournis, mais les investissements et la dette augmentent avant la pleine production. Le trimestre distingue le potentiel des commandes de leur conversion en revenus, puis en encaissements.
Les grands chantiers remplissent les carnets de SGTM et de TGCC, mais leur démarrage se lit déjà dans l’endettement. À fin juin 2026, les commandes restant à exécuter atteignent respectivement 34,8 et 28,4 milliards de dirhams. Ces montants donnent une profondeur commerciale aux deux groupes. Ils ne disent ni à quelle vitesse les travaux seront réalisés, ni quand les clients les paieront.
Le deuxième trimestre illustre ce décalage : les dépenses d’équipement et les besoins de financement augmentent avant que tous les nouveaux projets aient atteint leur rythme de production. Pour lire le secteur, le passage du contrat à l’encaissement compte désormais autant que l’annonce d’un marché supplémentaire.
Une même séquence, deux trajectoires d’activité
D’avril à juin, SGTM réalise 3,578 milliards de dirhams de chiffre d’affaires, en recul de 14,2 % sur un an. Le produit d’exploitation de TGCC atteint 3,163 milliards, en progression de 1,2 %. Les deux chiffres éclairent la cadence industrielle, mais le chiffre d’affaires et le produit d’exploitation recouvrent des périmètres comptables différents.
SGTM explique son ralentissement par la transition entre des ouvrages livrés en 2025 et de nouveaux projets encore en études ou en installation. Le terminal de l’aéroport Mohammed V est notamment concerné. Les travaux maritimes avancent, tandis que d’autres métiers doivent renouveler leur production après les livraisons précédentes.
Chez TGCC, les intempéries et le démarrage du gros œuvre ont freiné la montée en cadence. L’entreprise prévient que cette configuration devrait aussi affecter la rentabilité semestrielle. C’est un avertissement opérationnel précis ; les indicateurs publiés ne permettent pas encore d’en déduire un taux de marge.
Les moyens sont engagés avant les encaissements
Les investissements du trimestre atteignent 247 millions de dirhams chez SGTM et 162,6 millions chez TGCC. Leurs hausses respectives, de 68,3 % et de 51,4 %, dépassent largement celles de l’activité. Les deux groupes préparent les équipements nécessaires aux chantiers à venir.
Cette mobilisation avait commencé avant avril. SGTM avait déjà investi près de 130 millions au premier trimestre, notamment pour le levage, la manutention et la logistique. Le groupe affichait encore 12,8 millions de trésorerie nette à fin mars ; il présente 2,4 milliards de dette nette à fin juin. Chez TGCC, celle-ci passe de 1,107 à 2,077 milliards entre les mêmes dates.
Une dette en hausse ne prouve pas que les clients paient en retard. Elle peut accompagner des dépenses de lancement, des stocks ou des travaux en cours, tandis que les avances reçues réduisent le financement à porter. Il faut distinguer ces postes avant de conclure sur la qualité des créances. TGCC rattache explicitement sa hausse de dette au besoin en fonds de roulement ; SGTM décrit des ressources mobilisées avant l’avancement des travaux et les encaissements associés.
Le carnet commun n’est pas la somme des annonces
Les deux groupes citent des projets présents dans le même programme d’infrastructures, dont l’aéroport Mohammed V et le stade de Benslimane. La taille d’un marché attribué à un groupement ne correspond pas automatiquement à un revenu intégral pour chacun de ses membres. Additionner les carnets sans connaître le traitement des lots, des quotes-parts et de la sous-traitance exposerait à des doubles comptes.
Les évolutions depuis mars divergent d’ailleurs. Le carnet de TGCC augmente de 26,9 à 28,4 milliards de dirhams ; celui de SGTM revient de 37,3 à 34,8 milliards. Cela ne permet pas de classer simplement les deux groupes par dynamique commerciale : la consommation du carnet par les travaux exécutés intervient en même temps que les nouvelles attributions.
Le ciment confirme une reprise, avec un effet de rattrapage
Plus en amont, Holcim Maroc enregistre une hausse de 12,7 % de ses revenus au deuxième trimestre, dans un marché national du ciment en progression de 8 %. Cette amélioration succède à un hiver très pénalisé par les pluies. Elle indique un retour des débouchés pour les matériaux, sans garantir une accélération identique de tous les contrats de construction.
Le calendrier et le mix comptent : ciment, béton prêt à l’emploi, travaux portuaires ou gros œuvre d’un aéroport ne répondent pas au même enchaînement de commandes et de facturation. Une amélioration chez le fournisseur peut ainsi précéder celle des comptes du constructeur.
Deux conditions pour que la montée en cadence paie
Si les chantiers passent à un régime plus soutenu, le premier signal attendu serait une progression de la production accompagnée d’une meilleure absorption des coûts de démarrage. Le second serait financier : des encaissements qui suivent cette production, avec un besoin en fonds de roulement qui cesse d’augmenter plus vite qu’elle.
À l’inverse, davantage d’activité avec des créances ou des travaux en cours en hausse plus rapide prolongerait le besoin de crédit. Le détail des avances clients, des créances et des flux opérationnels permettra de départager ces scénarios. Les prochains comptes devront aussi préciser l’impact sur la marge déjà annoncé par TGCC : le montant du carnet, à lui seul, ne répond pas à cette question.



