AnalyseSociétés de financement et autres activités financières
Financement spécialisé : ce que la production de crédit ne dit pas du bénéfice
Les dossiers sectoriels — Maghrebail, Salafin et Eqdom publient des rythmes de croissance très différents. Derrière les nouveaux contrats : des encours qui s’amortissent, des loyers à décomposer et un refinancement à payer.
Les derniers indicateurs de Maghrebail, Salafin et Eqdom racontent trois formes de croissance. Maghrebail augmente sa production de crédit-bail de 25,5 % au premier semestre. Salafin reste presque stable sur six mois, malgré le rebond du deuxième trimestre. Eqdom distribue 3,2 % de financements supplémentaires et dégage 10,4 % de PNB en plus. Ranger ces pourcentages dans un classement unique masquerait la mécanique économique des trois portefeuilles.
Les publications disponibles au 8 septembre donnent de l’activité et des revenus, sans bénéfice semestriel pour ces sociétés. Elles permettent néanmoins de repérer où la croissance se forme, ce qu’elle consomme en financement et ce qui reste à mesurer après le risque.
Les nouveaux contrats ne deviennent pas intégralement de nouveaux encours
Maghrebail a produit 2,2 milliards de dirhams au premier semestre, mais son encours net comptable n’a augmenté que de 192 millions depuis décembre, pour atteindre 13,527 milliards. Les nouveaux dossiers entrent dans un portefeuille qui s’amortit déjà. Le flux commercial et le stock de fin de période n’évoluent donc pas au même rythme.
Chez Salafin, les 602 millions de production nette coexistent avec une hausse de seulement 43 millions de l’encours financier, à 3,139 milliards. Ces écarts ne donnent pas directement les remboursements : les conventions de production, l’amortissement des financements et les autres mouvements comptables doivent être rapprochés pour reconstruire un passage complet.
Eqdom communique un encours brut de 12,240 milliards de dirhams, en hausse de 864 millions depuis décembre. Ce montant ne doit pas être comparé sans retraitement à l’encours net de Maghrebail. Le mot « encours » recouvre ici des bases comptables différentes, qui ne fournissent ni une mesure homogène des risques ni un classement de taille parfaitement comparable.
L’automobile est un usage ; la LOA est un contrat
Au deuxième trimestre, Salafin réalise 208 millions de dirhams de financements automobiles, en hausse de 12,2 %, tandis que les prêts personnels reculent de 5,4 %. À fin juin, la location avec option d’achat représente 992 millions d’encours, en progression de 7,3 % depuis décembre ; les opérations de crédit reculent légèrement.
Ces évolutions montrent une modification de l’activité, sans permettre de superposer les catégories. Une automobile peut être financée par un crédit ou par une LOA. Dans le second cas, le financement prend la forme d’une location assortie d’une possibilité d’achat ; le paiement périodique ne rémunère pas seulement des intérêts.
Maghrebail illustre l’autre écueil : ses 2,345 milliards de dirhams de chiffre d’affaires semestriel ne sont pas un revenu directement comparable aux 337,4 millions de PNB d’Eqdom. Les produits du crédit-bail doivent notamment être rapprochés des charges sur les biens loués et du refinancement. Le PNB de Maghrebail, 240 millions, intervient après ces étapes, mais encore avant les frais généraux et le risque.
Le refinancement fait partie du métier
Maghrebail utilise 6,938 milliards de dirhams de crédits bancaires et 5,193 milliards de bons de sociétés de financement, soit un partage de 57 % et 43 % de son endettement global. L’endettement global atteint ainsi 12,131 milliards de dirhams. La banque et les titres de dette fournissent des ressources complémentaires, avec leurs propres échéances et conditions de taux.
Eqdom porte pour sa part un encours de refinancement de 6,422 milliards, supérieur de 381 millions à celui de décembre. La croissance du portefeuille demande des ressources, même lorsqu’elle laisse peu de traces dans les investissements matériels d’une société financière. Les taux auxquels ces ressources sont renouvelées et la durée des contrats clients interviennent dans la rémunération conservée.
Les indicateurs ne donnent pas toutes ces conditions. En particulier, la hausse du PNB d’Eqdom ne prouve pas à elle seule une amélioration de son taux de marge : le portefeuille productif, sa composition et les commissions peuvent aussi évoluer.
Après le PNB, deux filtres encore absents
Le précédent de Salafin est parlant. En 2025, le PNB avait progressé de 1,4 %, mais les charges générales de 7,6 %. Le résultat brut d’exploitation avait alors reculé, avant l’effet des provisions, des autres reprises et des impôts. Distribuer davantage de crédits ne rend pas automatiquement chaque dirham de revenu plus profitable.
Chez Maghrebail, la couverture des créances en souffrance atteint 86,7 % à fin juin. Ce ratio décrit les provisions constituées face aux créances dégradées ; il ne révèle pas quelle proportion du portefeuille est en difficulté. Pour comparer la rentabilité des trois sociétés, les prochains comptes devront rapprocher les revenus des frais engagés et de la charge nette des défauts, sur la même période et le même périmètre.





