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AnalyseBanques

Crédit : pourquoi le taux moyen ne raconte pas toute l’histoire

Le cahier du week-end — Le taux global des nouveaux crédits monte à 4,81 % au T2, tandis que l’immobilier et la consommation baissent. Une moyenne pondérée, un exemple chiffré et les différences entre nouveaux prêts et contrats existants.

Le taux moyen des nouveaux crédits atteint 4,81 % au deuxième trimestre 2026, contre 4,66 % au premier. La hausse de 15 points de base ne signifie pourtant pas que chaque banque a relevé tous ses tarifs de la même façon. Dans la même enquête, les taux immobiliers et ceux du crédit à la consommation reculent. Une moyenne résume un ensemble de prêts ; elle ne décrit aucun contrat en particulier.

Des mouvements opposés sous le même chiffre

Les facilités de trésorerie passent en moyenne de 4,47 % à 4,63 %, et les crédits à l’équipement de 4,37 % à 4,65 %. Dans l’autre sens, les crédits immobiliers reviennent de 5,13 % à 5,06 % et les prêts à la consommation de 6,86 % à 6,81 %.

Un industriel qui finance une machine et un ménage qui souscrit un prêt immobilier ne rencontrent donc pas la même évolution moyenne. Même à l’intérieur d’une catégorie, le taux dépend notamment du dossier, du montant, de la durée et des conditions de financement. Le chiffre global n’est pas un tarif auquel tous les emprunteurs auraient accès.

La comparaison dans le temps mérite aussi d’être précisée. Les 4,81 % du T2 2026 sont supérieurs de 15 points de base aux 4,66 % du trimestre précédent, mais restent légèrement inférieurs aux 4,84 % du T2 2025. Dire seulement « les taux montent » laisse de côté la période choisie.

Une moyenne peut changer sans modification des taux élémentaires

Imaginons deux catégories de prêts, entièrement fictives. La première porte un taux de 4 %, la seconde de 7 %. Sur un trimestre, les banques accordent 80 millions de dirhams dans la première et 20 millions dans la seconde. La moyenne pondérée ressort à 4,6 % : chaque taux compte en proportion du montant financé.

Au trimestre suivant, les taux des deux catégories restent exactement les mêmes. Mais la répartition s’inverse : 20 millions sont prêtés à 4 % et 80 millions à 7 %. La moyenne monte alors à 6,4 %. Aucun des deux taux n’a augmenté ; les crédits les plus chers représentent simplement une part plus importante du total.

Cet effet de composition n’explique pas automatiquement la hausse observée au Maroc en 2026. Les taux par catégorie y bougent eux-mêmes, comme le montrent les chiffres de l’équipement et de l’immobilier. Une modification de la répartition des prêts peut s’y ajouter. Le seul tableau des taux ne permet pas d’en mesurer la contribution exacte.

Le nombre de dossiers n’est pas non plus la pondération retenue. Un prêt de dix millions de dirhams pèse davantage dans cette moyenne qu’un prêt de cent mille dirhams. Compter uniquement les emprunteurs reviendrait à mesurer autre chose que le coût moyen des montants financés.

Les nouveaux prêts ne sont pas tout le bilan des banques

L’enquête trimestrielle porte sur les crédits accordés pendant la période et les taux qui leur sont appliqués, avec un traitement des autorisations pour les comptes débiteurs. Le calcul du taux global exclut les sociétés financières et les administrations publiques. Ce taux n’est pas une moyenne de tous les emprunts anciens encore en cours. Le stock de crédit contient des contrats conclus à d’autres dates, pour d’autres durées et dans d’autres conditions.

Une hausse de la moyenne des nouveaux prêts ne modifie donc pas mécaniquement le taux d’un contrat existant. Pour un financement à taux fixe, il faut distinguer le contrat en cours d’un éventuel refinancement. Pour un taux variable, l’évolution dépend de la référence contractuelle, de la marge prévue et du calendrier de révision. Le taux moyen publié par la Banque centrale n’est pas, par lui-même, la référence de tous les contrats.

La même distinction compte pour les sociétés cotées. Une entreprise peut avoir une dette principalement ancienne et à taux fixe, alors que le prix des nouveaux crédits change. Une autre peut devoir renouveler rapidement des lignes de trésorerie. Leur sensibilité dépend des montants à refinancer et de leurs échéances ; le taux global ne suffit pas à calculer leur future charge d’intérêt.

Lire correctement quinze points de base

Un point de base vaut 0,01 point de pourcentage. Le passage de 4,66 % à 4,81 % représente donc 0,15 point, soit quinze points de base, et non une hausse de quinze pour cent du taux.

Dans un dernier exemple simplifié, une majoration de 0,15 point appliquée pendant un an à un principal constant d’un million de dirhams ajoute 1 500 dirhams d’intérêts. Le calcul change avec un capital qui s’amortit, un déblocage en cours d’année ou une révision qui ne s’applique qu’à une partie de la période. Avant de transformer une variation de taux en coût pour une entreprise, il faut encore savoir quel montant la subit, pendant combien de temps et à quelle date.

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