CMGP, Cosumar, cimentiers : l’eau n’agit pas au même rythme dans les comptes
Les dossiers sectoriels — La pluie a retardé des installations, endommagé des cultures et amélioré les perspectives agricoles. Entre le niveau des barrages et le cash, les sociétés cotées traversent plusieurs calendriers.
L’eau revenue dans les bassins ne se transforme pas immédiatement en chiffre d’affaires. Les publications 2026 de CMGP, Cosumar et des cimentiers décrivent même des effets opposés selon le métier et le moment de l’année : des installations retardées, des ventes rattrapées, des cultures endommagées et une meilleure visibilité sur les campagnes suivantes. Pour l’actionnaire, le calendrier économique compte autant que l’amélioration des réserves.
Les chantiers peuvent s’arrêter avant que la demande ne reparte
Chez CMGP, les intempéries du début d’année ont décalé des installations d’irrigation. Le deuxième trimestre bénéficie de leur normalisation progressive. La croissance du chiffre d’affaires consolidé passe de 3,6 % en proforma au premier trimestre à 13,2 % au deuxième. Ce redressement accompagne la reprise des projets, sans mesurer à lui seul un effet météorologique.
La croissance publiée du T2 atteint en effet 51,7 %, avec l’intégration de nouvelles filiales. CPCM, Agrosem et Sodipire progressent aussi sur leur propre base comparable. Attribuer l’ensemble de la hausse à la pluie effacerait les acquisitions, la montée en puissance industrielle et les autres branches du groupe.
L’agroéquipement et l’agrofourniture n’ont pas non plus le même rythme. Une installation attend l’accès au terrain et l’avancement d’un chantier. La vente d’engrais, de films plastiques ou de produits de protection accompagne les décisions de culture et les besoins de campagne. Une amélioration des conditions agricoles peut soutenir ces fournitures pendant que certains travaux restent provisoirement retardés.
Chez Cosumar, les réserves s’améliorent mais la récolte recule
La campagne 2026 produit 240 000 tonnes de sucre blanc d’origine agricole, contre 280 000 lors de la précédente. Les inondations ont affecté le Gharb et le Loukkos. Cosumar signale parallèlement une hausse d’environ 15 % des rendements de la canne, grâce à une meilleure disponibilité de l’eau. Le rendement d’une culture et le volume total d’une campagne ne décrivent donc pas la même réalité.
Le contraste ne disparaît pas dans les perspectives. Le groupe envisage plus de 60 000 hectares de cultures sucrières dès la campagne 2026–2027, soutenus par l’amélioration du remplissage des barrages. C’est une perspective pour la campagne suivante, qui reste à réaliser. Elle ne remplace pas les 240 000 tonnes constatées en 2026 et ne donne pas un chiffre d’affaires déjà acquis.
La capacité de raffinage apporte une autre couche de lecture : l’approvisionnement du marché ne repose pas uniquement sur la récolte locale. Il mobilise aussi l’outil industriel, les stocks et la logistique. Un meilleur accès à l’eau ne résout donc pas toutes les contraintes d’un opérateur sucrier.
Un volume retardé peut revenir, son prix a pu changer
Cosumar a rattrapé une partie du décalage des ventes provoqué au premier trimestre par les perturbations logistiques et portuaires. Le recul de son chiffre d’affaires se réduit de 17,3 % au T1 à 2,8 % au T2. Mais les cours mondiaux du sucre blanc et du sucre brut ont baissé pendant le trimestre, pénalisant la valorisation des ventes à l’export.
Le retour des expéditions et celui des revenus ne sont donc pas symétriques. Le rattrapage des volumes peut donc se faire à des conditions de prix moins favorables. Pour apprécier le rattrapage, il faut distinguer le produit disponible, son acheminement et sa valeur de vente, puis les coûts qui restent à couvrir.
Le ciment redémarre avec plusieurs appuis
Holcim Maroc publie une hausse de 12,7 % de son chiffre d’affaires au T2, à 2,378 milliards de dirhams, portée par les volumes de ciment et de béton prêt à l’emploi. Le marché national du ciment progresse de 8 %. Le groupe cite aussi le glissement calendaire de l’Aïd El Fitr et la dynamique de construction : la reprise ne se réduit pas à l’arrêt des pluies.
Sur l’ensemble du semestre, le chiffre d’affaires d’Holcim reste légèrement inférieur à celui de 2025, à −0,2 %. Le printemps a presque effacé la faiblesse du début d’année, sans produire la même croissance sur les six mois. Une forte variation trimestrielle peut ainsi correspondre à un rattrapage du calendrier plutôt qu’à un nouveau rythme annuel.
Le financement commence avant le revenu
La dette nette de Cosumar atteint 2,333 milliards de dirhams fin juin, contre 1,608 milliard un an plus tôt. Le groupe relie cette hausse surtout aux besoins de financement de la campagne, avec davantage de superficies semées ou plantées. Les ressources peuvent donc être engagées avant de connaître le résultat final des récoltes.
Chez CMGP, la dette nette, leasing inclus, passe de 975 millions de dirhams fin décembre sur la base proforma à 1,075 milliard fin juin. Le besoin en fonds de roulement augmente en montant alors que sa durée en jours de ventes reste stable. Une activité qui grandit peut demander plus de cash sans que les délais se dégradent.
Ces deux bilans donnent le point de passage concret du scénario agricole : des superficies, des équipements et des stocks doivent être financés avant leur conversion en ventes puis en encaissements. Pour la campagne 2026–2027, les hectares annoncés par Cosumar et les installations attendues chez CMGP devront encore franchir ces étapes.






