Aller au contenu

AnalyseDistributeurs

LabelVie et Aradei : magasins, loyers et financement avancent à des rythmes différents

Les dossiers sectoriels — Les deux groupes partagent des implantations et un lien capitalistique. La montée en puissance des magasins, les recettes locatives et les ventes de villas doivent pourtant être distinguées pour lire leurs perspectives.

La même clientèle peut faire vivre un magasin de LabelVie et un actif d’Aradei Capital, mais la croissance ne se transmet pas de façon identique dans leurs comptes. Au premier semestre 2026, les ventes de grande distribution de LabelVie progressent de 17,4 %, à 8,794 milliards de dirhams. Les revenus d’Aradei hors promotion immobilière augmentent de 8 %. Ces deux chiffres couvrent les mêmes six mois ; ils rémunèrent des fonctions différentes.

Le commerçant vend des marchandises et développe son réseau. La foncière met des surfaces à disposition, entretient ses actifs et cherche à les louer durablement. Une fréquentation plus élevée peut soutenir les deux activités sans produire, au même moment, la même hausse de revenus ou de trésorerie.

Le lien dépasse le voisinage des enseignes

Carrefour Almaz, ouvert en novembre 2025 dans Sela Park Casablanca, offre un exemple concret. LabelVie y exploite un hypermarché de 6 802 m² au sein d’un ensemble développé par Aradei. Les ventes du magasin et les recettes du propriétaire portent donc sur deux étapes d’une même activité commerciale.

Le lien est aussi capitalistique. Dans ses derniers comptes annuels publiés, arrêtés à décembre 2025, LabelVie indique détenir 33,96 % d’Aradei. Cette participation est traitée comme un placement financier hors périmètre de consolidation, la gestion des actifs étant confiée à un gestionnaire indépendant. Il serait donc erroné de supposer que les loyers d’Aradei sont intégralement compris dans le chiffre d’affaires consolidé de LabelVie.

Pour autant, additionner leurs revenus comme deux moteurs économiques entièrement indépendants serait trompeur. Le loyer versé par un commerce constitue une charge économique pour l’exploitant et une recette pour le propriétaire. La relation actionnariale ajoute une exposition financière : les deux titres ne représentent pas des activités sans lien.

Les ouvertures ont besoin de temps pour produire leurs effets

Au deuxième trimestre, les 141 magasins ouverts par LabelVie en 2025 expliquent 57 % de la progression des ventes. Les ouvertures de 2026 n’en apportent encore que 4 %. La croissance comparable contribue pour 39 %. La maturité des magasins pèse donc davantage sur le gain immédiat que le seul compteur des ouvertures récentes.

Chez Aradei, Sela Park Casablanca contribue aux revenus depuis la fin 2025, tandis que le portefeuille atteint 97 % d’occupation à fin juin. La fréquentation des centres équipés de comptage est supérieure de 6 % à celle du premier semestre précédent. Ce taux ne donne cependant ni le panier moyen dépensé chez les enseignes, ni la hausse contractuelle de leurs loyers.

La progression des visites peut favoriser les renouvellements de baux et l’attractivité des emplacements. Son effet financier dépend néanmoins des conditions locatives et de la capacité des commerçants à convertir ces visites en ventes. Les publications d’août ne permettent pas de mesurer séparément ces mécanismes.

Séparer loyers, nouvelles surfaces et ventes de villas

Le total IFRS publié par Aradei atteint 393 millions de dirhams. Il intègre 60 millions non récurrents issus de 23 villas livrées à Dar Bouazza. Lire tout ce revenu comme une rente locative récurrente surestimerait la base sur laquelle projeter les prochains exercices.

Le rythme du développement immobilier est également plus long que celui d’une ouverture commerciale. Le futur ensemble mixte d’Aradei à Casablanca comprend 60 000 m² et présente un avancement des travaux proche de 30 % à fin juin. Les dépenses de construction sont déjà engagées, alors que les surfaces devront encore être achevées puis exploitées. Aucun loyer futur de cet actif n’est chiffré dans les indicateurs utilisés.

Le financement se répartit entre plusieurs bilans

LabelVie a investi 666 millions de dirhams au seul deuxième trimestre, notamment pour ses magasins, sa logistique et des ouvertures prévues en 2027. Aradei a décaissé 222 millions sur l’ensemble du semestre pour ses développements et ses rénovations. Ces enveloppes financent des métiers complémentaires ; leurs périodes et leur nature diffèrent, ce qui exclut de les additionner en un investissement sectoriel homogène.

La lecture de la dette exige aussi le détail des opérations. L’investissement net de LabelVie au premier trimestre avait été influencé par une titrisation de 484 millions. Chez Aradei, un dividende de 23 dirhams par action, dont 17,29 exceptionnels, est mis en paiement à compter du 30 juin. Les mouvements de financement ne peuvent donc pas être expliqués uniquement par la construction de nouvelles surfaces.

Un coût commun sur lequel les deux groupes agissent

Le programme solaire annoncé conjointement en avril prévoit une première phase de neuf sites et 5 MWc opérationnels en 2026. À terme, il vise près de 60 actifs et 20 MWc. Les économies restent à mesurer : puissance installée, production électrique et gain financier ne sont pas équivalents, et leur répartition dépend de l’exploitation des sites.

La rénovation d’Almazar, attendue avant fin 2026, fournira un autre test concret. Il faudra observer ensemble le remplissage commercial, les visites et les recettes après travaux. Une fréquentation en hausse avec des revenus qui progressent moins vite pourra signaler une phase de montée en charge ; une hausse des loyers durable devra aussi rester compatible avec l’activité des enseignes qui les paient.

À lire ensuite

Ouvrir la ficheComparer aux pairs