Liquidité : le cours affiché n’est pas toujours votre prix de sortie
Le cahier du week-end — Une performance calculée sur quelques titres échangés peut être difficile à reproduire sur une position entière. Le carnet d’ordres, les volumes et les limites de prix expliqués avec un cas chiffré.
Une ligne de portefeuille vaut souvent, à l’écran, le nombre d’actions multiplié par le dernier cours. Le calcul est simple. Transformer cette valeur en argent disponible peut l’être beaucoup moins. Le dernier prix renseigne sur une transaction passée ; il ne garantit pas qu’un acheteur accepte aujourd’hui toute votre position au même niveau.
Une hausse à deux chiffres peut porter sur six actions
En juillet 2026, Auto Nejma affiche une progression mensuelle de 11,71 %. Le résumé de la Bourse recense pourtant seulement six titres échangés sur le marché central, pour 32 100 dirhams, répartis sur trois séances ayant enregistré des échanges. Ces chiffres décrivent le mois observé ; ils ne préjugent pas de la liquidité future de la valeur.
La variation est bien celle enregistrée par la cote. Elle ne prouve pas qu’un investisseur aurait pu acheter ou vendre une centaine d’actions aux mêmes prix. La quantité qui a permis de constater une performance et la quantité qu’un portefeuille doit négocier sont deux grandeurs différentes.
Une absence d’échange ne signifie pas non plus une absence de risque. Si aucune transaction ne renouvelle le dernier cours, le prix affiché peut rester immobile alors que les vendeurs et les acheteurs ne s’accordent plus. Une courbe plate peut donc traduire le silence des transactions, plutôt qu’une stabilité de la valeur économique.
Le carnet donne des prix, mais aussi des quantités
Imaginons un carnet fictif pendant une séance de cotation en continu. Le dernier cours est de 100 dirhams. Des acheteurs proposent 100 dirhams pour 100 actions, 99 dirhams pour 200 autres et 97 dirhams pour 300 autres. Un vendeur souhaite céder 600 actions immédiatement, sans fixer de prix minimal.
Si ces ordres restent disponibles et que les règles de négociation permettent leur exécution, les 600 titres peuvent être servis à trois niveaux. Le produit brut atteint alors 58 900 dirhams : 10 000 au premier prix, 19 800 au deuxième et 29 100 au troisième. Le prix moyen ressort à environ 98,17 dirhams.
La ligne était valorisée à 60 000 dirhams au dernier cours. L’écart de 1 100 dirhams, avant frais et fiscalité, vient ici de la profondeur disponible. Il ne résulte pas nécessairement d’une nouvelle information sur l’entreprise. La taille de l’ordre suffit à déplacer le prix d’exécution moyen.
Cet exemple fige volontairement le carnet. Dans une séance réelle, des ordres peuvent être retirés, modifiés ou exécutés par d’autres investisseurs avant l’arrivée du vôtre. Les quantités visibles à un instant donné ne sont pas une réservation de liquidité.
La limite de prix protège un niveau, pas une exécution
Dans le même carnet fictif, un ordre de vente de 600 actions avec une limite de 99 dirhams peut rencontrer les 300 actions demandées à 100 et 99 dirhams. Il ne peut pas vendre les autres à 97. Le prix minimal est respecté, mais toute la quantité n’est pas nécessairement cédée.
Le devenir du reliquat dépend des conditions et de la validité de l’ordre. La priorité entre ordres compte aussi. Un ordre à cours limité ne doit donc pas être lu comme une promesse de vendre, mais comme une instruction sur les prix acceptables. À l’inverse, un ordre au marché ne garantit pas le dernier cours affiché, ni une exécution intégrale si les contreparties sont insuffisantes.
L’exemple porte sur le continu. Lors d’un fixing, les ordres sont confrontés à un moment déterminé pour établir un cours d’équilibre et une quantité exécutable. On ne peut pas transposer automatiquement le parcours de trois niveaux de prix à toutes les phases de cotation.
Le volume mensuel n’est pas un carnet disponible
Un titre peut avoir traité plusieurs millions de dirhams dans le mois et présenter peu d’acheteurs à l’instant où une vente arrive. Une opération importante sur le marché de blocs peut également augmenter les volumes publiés sans enrichir les ordres visibles sur le central. Le rythme habituel des transactions et la profondeur instantanée apportent des informations complémentaires.
Le spread, écart entre le meilleur prix demandé par les vendeurs et le meilleur prix proposé par les acheteurs, complète cette lecture. Mais un petit écart ne suffit pas si les quantités proposées sont minuscules. Pour une position de 600 actions, cent titres disponibles au meilleur prix ne valent pas six cents titres disponibles à ce même prix.
Dans notre exemple, annoncer un cours de 100 dirhams laisse donc la question principale sans réponse. Pour valoriser la sortie de la position, il faut encore savoir combien d’actions peuvent réellement rencontrer un acheteur, à quels prix et dans quelle phase de négociation.




