Les dossiers sectoriels — Au premier semestre, Crédit du Maroc transforme mieux ses revenus en bénéfice qu’Attijariwafa bank. BCP subit le recul des marchés, tandis que Bank of Africa amorce un redressement au deuxième trimestre. Coûts, provisions et collecte expliquent ces trajectoires distinctes.
Le crédit progresse dans les quatre groupes, mais les bénéfices ne suivent pas une trajectoire commune. Crédit du Maroc augmente son résultat net part du groupe de 19,4 % au premier semestre 2026 ; Attijariwafa bank se limite à 1,1 %. Chez BCP et Bank of Africa, les dernières publications permettent de lire les revenus et les encours, sans encore connaître le bénéfice semestriel.
L’analyse porte sur les informations disponibles au 7 septembre. Les comptes complets d’Attijariwafa bank et de Crédit du Maroc couvrent janvier à juin. Pour BCP et Bank of Africa, les revenus de cette même période proviennent d’indicateurs provisoires. Les périodes de PNB sont comparables ; le degré de détail des résultats ne l’est pas.
Les revenus d’intérêt ne suffisent pas à raconter le semestre
Sur six mois, le PNB consolidé gagne 7,8 % chez Crédit du Maroc, 4 % chez Attijariwafa bank et 1,5 % chez Bank of Africa. Il recule de 3,2 % chez BCP. Ce classement des revenus ne constitue pas un classement de la rentabilité.
BCP en donne l’exemple le plus net. Sa marge d’intérêt augmente de 5,9 % et sa marge sur commissions de 9,1 %. Le PNB baisse pourtant, les activités de marché ne retrouvant pas leur performance exceptionnelle de 2025. Le développement commercial compense une partie de ce manque à gagner, sans l’effacer.
Chez Crédit du Maroc, la marge d’intérêt progresse de 13,1 % et absorbe le recul de 13,8 % du résultat des opérations de marché. La marge nette de commissions demeure presque stable : les commissions facturées supplémentaires sont largement absorbées par les charges correspondantes. Une hausse des produits de commissions ne vaut donc pas, à elle seule, amélioration du revenu net.
Les coûts séparent déjà Attijariwafa bank et Crédit du Maroc
Attijariwafa bank consacre 36,8 % de son PNB aux charges d’exploitation et amortissements, contre environ 35,3 % un an plus tôt. Ses charges augmentent de 8,4 %, deux fois plus vite que ses revenus. Le résultat brut d’exploitation ne gagne que 1,5 %. La banque développe son activité, mais conserve moins de chaque dirham supplémentaire avant provisions.
Crédit du Maroc suit le chemin inverse. Ses charges croissent de 5,4 %, moins vite que son PNB. Son coefficient d’exploitation s’améliore d’environ un point, à près de 45 %. Le niveau demeure supérieur à celui d’Attijariwafa bank, mais la dynamique lui est plus favorable. Comparer les variations au sein de chaque groupe évite de transformer deux modèles d’activité différents en un simple palmarès de coûts.
Le risque et l’impôt amplifient l’écart de bénéfices
Chez Crédit du Maroc, le coût du risque tombe de 129,9 à 28 millions de dirhams. Les quelque 102 millions ainsi économisés expliquent plus de la moitié du gain de résultat d’exploitation. La croissance du bénéfice repose donc à la fois sur les revenus, les coûts et un niveau de provisions nettes particulièrement bas.
Attijariwafa bank bénéficie également d’un allègement du coût du risque, de 11,2 %. Mais la charge d’impôt augmente de 446 millions de dirhams, absorbant près des trois quarts du gain de résultat avant impôt. Après la hausse des intérêts minoritaires, le supplément de résultat revenant aux actionnaires du groupe se limite à 66 millions.
Pour Crédit du Maroc, prolonger la progression du bénéfice suppose de préserver l’efficacité opérationnelle ou de compenser une éventuelle remontée des provisions. Chez Attijariwafa bank, une accélération du PNB aura plus d’effet si les charges cessent de croître plus vite que lui. Le taux de croissance du crédit ne tranche aucune de ces deux questions.
La reprise de Bank of Africa est plus récente
Le PNB consolidé de Bank of Africa progresse de 4,9 % au deuxième trimestre, contre seulement 1,5 % sur le semestre. Le trimestre avril-juin apporte 261 millions de dirhams de revenus supplémentaires sur un an ; le cumul des six mois n’en conserve que 153 millions. La reprise rattrape donc un début d’année défavorable.
Le périmètre social marocain montre la même inflexion : +4 % sur le trimestre, mais encore −2,6 % sur le semestre. Confirmer ce redressement commercial est une première étape. Les comptes détaillés devront ensuite montrer la part conservée après charges et coût du risque.
Collecter davantage ne dispense pas de financer la croissance en capital
BCP collecte 35,6 milliards de dirhams de dépôts supplémentaires sur douze mois, pour 18,3 milliards de crédits bruts en plus. Bank of Africa affiche également des dépôts en hausse, de 11,2 milliards, mais sur six mois : ses encours sont comparés à décembre, et non à juin 2025. Mélanger ces bases conduirait à comparer des vitesses de collecte différentes.
Le coût de cette ressource et les fonds propres restent déterminants pour transformer les encours en bénéfices distribuables. Attijariwafa bank affiche 81,1 milliards de dirhams de fonds propres consolidés, en hausse de 8,4 %. Crédit du Maroc publie un ratio de solvabilité de 13,70 %. Les indicateurs provisoires de BCP et Bank of Africa ne donnent pas encore ce même niveau de lecture sur le capital et les résultats à fin juin.



