Dirham : pourquoi le dollar peut baisser pendant que l’euro monte
Le cahier du week-end — Une devise peut devenir moins chère et une autre plus coûteuse. Panier de cotation, factures d’importation et recettes d’export : trois exemples pour lire l’exposition réelle au change.
Le dirham peut gagner du terrain face au dollar tout en en perdant face à l’euro. Ces deux mouvements ne se contredisent pas : une monnaie s’évalue toujours par rapport à une autre. Pour une entreprise cotée, parler d’un « dirham fort » sans préciser la devise des ventes, des achats et des dettes laisse donc une grande partie de l’histoire dans l’ombre.
L’euro et le dollar bougent aussi entre eux
Le régime marocain s’appuie sur un cours central calculé à partir d’un panier composé à 60 % d’euro et à 40 % de dollar. Depuis mars 2020, la bande de fluctuation autorisée est de ±5 % autour du cours central. Ces pourcentages décrivent le cadre de cotation ; ils ne signifient pas que le cours d’un dollar en dirhams reste identique chaque jour.
Deux mouvements interviennent. La parité euro-dollar déplace les cours issus du panier. Sur le marché marocain, l’offre et la demande de devises peuvent également faire varier le dirham par rapport à ce cours central. Une variation face au dollar ne suffit donc pas, à elle seule, à prouver une décision de dévaluation ou de réévaluation.
Un exemple de cotation fictif aide à voir le premier mécanisme. Si un euro vaut 1,10 dollar et un dollar 10 dirhams, un euro vaut 11 dirhams. Dans une seconde situation, un euro vaut 1,20 dollar et un dollar 9,50 dirhams : l’euro vaut alors 11,40 dirhams. Le dollar coûte 5 % de moins en dirhams, alors que l’euro coûte environ 3,6 % de plus.
Les deux taux se lisent ensemble. Appliquer le seul mouvement du dollar à toutes les opérations internationales d’une entreprise donnerait ici une réponse fausse pour ses factures en euros.
Le chiffre d’affaires export n’est pas l’exposition nette
Imaginons maintenant un industriel qui vend pour 100 000 dollars et achète, sur la même période, 60 000 dollars de matières premières. Les volumes et prix en dollars restent inchangés. Il ne dispose d’aucune couverture de change dans cet exemple.
À 10 dirhams pour un dollar, les recettes valent 1 million de dirhams et les achats 600 000 dirhams. À 9,50, les premières descendent à 950 000 et les seconds à 570 000. Le recul des recettes atteint 50 000 dirhams, mais celui des achats en compense 30 000. Le solde de ces deux flux passe de 400 000 à 380 000 dirhams : la perte de change économique sur cet ensemble est de 20 000.
Ajoutons 300 000 dirhams de charges locales, supposées fixes. Le résultat simplifié de l’activité tombe alors de 100 000 à 80 000 dirhams, soit 20 % de moins, pour une baisse de 5 % du cours du dollar. Ce calcul n’est ni une prévision de marge ni un compte de résultat complet. Il montre pourquoi le poids des charges en dirhams peut amplifier l’effet du change sur ce qui reste à l’entreprise.
À l’inverse, un importateur qui paie en dollars et vend en dirhams peut voir son coût d’approvisionnement reculer. Il ne garde pas nécessairement toute l’économie : prix de vente, concurrence, contrats et stocks déjà achetés déterminent ce qui se transmet à sa marge.
La date de la facture n’est pas celle du règlement
Cette compensation entre recettes et dépenses exige aussi de regarder les échéances. Une créance en dollars encaissée dans six mois et un fournisseur payé cette semaine ne se neutralisent pas automatiquement au même cours. Une dette en devises ajoute encore un autre calendrier.
Les couvertures contractuelles peuvent modifier le taux effectivement obtenu sur certains flux. Le cours observé aujourd’hui ne permet donc pas de recalculer directement toutes les ventes du semestre. Il faut rapprocher les devises, les dates de règlement et les montants effectivement couverts.
Les comptes de Microdata en donnent une autre raison : son solde de change, positif de 5,4 millions de dirhams en 2024, devient négatif de 1,1 million en 2025. Ce retournement est constaté dans les comptes, mais la seule évolution du dollar ne permet pas de le reconstituer. Les encours, leurs devises et les dates de réalisation entrent dans l’explication.
Une même baisse du dollar, deux factures différentes
Dans notre exemple de cotation, une facture inchangée de 10 000 dollars passe de 100 000 à 95 000 dirhams. Une facture inchangée de 10 000 euros passe, elle, de 110 000 à 114 000 dirhams. Pour l’acheteur marocain, le premier fournisseur devient moins coûteux et le second plus coûteux, avant frais de conversion. Aucun des deux n’a modifié son prix en devise.
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