Aller au contenu

AnalyseDistributeurs

Automobile cotée : la course aux volumes se joue aussi dans les stocks et le réseau

Les dossiers sectoriels — Auto Hall, Auto Nejma et Ennakl montrent trois lectures de la croissance automobile : composition des ventes, coût des véhicules et financement du réseau.

La croissance du marché automobile se compte en immatriculations. Celle d’un distributeur coté doit aussi se lire dans la composition des véhicules vendus, le coût des marchandises, les stocks et les dépenses de réseau. Un même trimestre peut faire progresser les livraisons tout en mobilisant davantage de financement ou en laissant moins de marge après l’achat des véhicules.

Auto Hall, Auto Nejma et Ennakl en donnent trois illustrations au deuxième trimestre 2026. Les deux premiers distribuent au Maroc ; Ennakl expose ses actionnaires au marché tunisien et publie en dinars tunisiens. Leurs chiffres ne sont pas additionnés ici. Auto Hall communique notamment un chiffre d’affaires consolidé, tandis que les indicateurs Ennakl portent sur la société. L’enjeu est de repérer les mécanismes qui séparent une bonne statistique commerciale d’une amélioration économique.

Le véhicule vendu n’est pas une unité économique uniforme

Chez Auto Hall, les ventes neuves de voitures particulières et d’utilitaires légers augmentent de 24,4 % au T2, à 7 087 unités. Le volume total publié progresse moins vite, de 13,7 %, à 7 547 unités. Le solde des autres catégories retombe ainsi à 460 véhicules, contre 942 un an auparavant. Les véhicules industriels, les tracteurs et l’occasion ne sont pas ventilés assez finement pour attribuer ce recul à un seul métier.

La recomposition est néanmoins nette : le neuf VP/VUL représente près de 94 % des volumes, contre 86 % un an plus tôt. Le chiffre d’affaires consolidé augmente de 18,6 %, donc davantage que le volume total. Cet écart peut tenir au type de véhicules et aux services, sans démontrer une hausse des tarifs pour un modèle inchangé.

Auto Nejma présente le mouvement inverse entre volumes et revenus. Les véhicules vendus gagnent 21,3 % au T2, pour un chiffre d’affaires en hausse de 14,8 %. Conclure que l’un des groupes augmente ses prix et que l’autre les baisse serait trop rapide. Ni les gammes ni le périmètre des revenus ne sont identiques. Les commandes de voitures, d’utilitaires ou de véhicules industriels ne pèsent pas le même montant dans les ventes.

Cette distinction vaut aussi pour les parts de marché. Auto Hall publie une part de 9,9 % sur le neuf VP/VUL au premier semestre, contre 9,2 % un an auparavant. Le volume Auto Nejma, présenté toutes activités confondues, ne peut pas être divisé sans retraitement par le marché neuf national pour fabriquer une part directement comparable.

Le coût d’achat révèle ce que les volumes ne disent pas

Ennakl permet d’aller un cran plus loin, car ses indicateurs donnent le coût des marchandises vendues. Au T2, les revenus progressent de 2,3 %, à 200,6 millions de dinars, mais ce coût augmente d’environ 4,4 %. La différence entre les deux revient de 35,9 à 33,2 millions de dinars, soit 16,6 % des revenus contre 18,3 % un an plus tôt.

Ce resserrement commercial n’est pas une marge nette. Ennakl bénéficie parallèlement de produits financiers plus élevés, distincts de la vente des véhicules. Le compte de résultat complet doit aussi intégrer salaires, autres frais et impôt. Le cas montre toutefois pourquoi un distributeur peut accroître ses ventes sans conserver autant de revenu après l’achat des marchandises.

Cette information manque dans les indicateurs T2 d’Auto Hall et d’Auto Nejma. On ne peut pas leur appliquer la variation de marge tunisienne. Elle invite plutôt à regarder, lors de la publication de leurs comptes, si les conditions d’achat, les remises ou les catégories livrées ont accompagné la croissance des unités vendues.

La disponibilité des véhicules se finance avant la livraison

Auto Nejma explique principalement sa trésorerie nette négative de 473 millions de dirhams à fin juin par la constitution de stocks destinés à répondre à la demande. Le chiffre ne mesure ni une perte ni le cash consommé pendant le seul trimestre. Il matérialise une position de financement, alors que les véhicules disponibles n’ont pas tous produit leur encaissement.

La disponibilité apporte un avantage commercial si le modèle recherché peut être livré rapidement. Elle mobilise en contrepartie des ressources jusqu’à sa vente. Le risque change si les préférences des clients se déplacent ou si un stock doit être écoulé avec davantage de remises. Les indicateurs publiés ne donnent ni l’âge du parc ni les commandes qui le couvrent : ces deux informations aideraient à apprécier la solidité du financement mobilisé.

Ouvrir un point de vente engage plus que des mètres carrés

Les 52 millions de dirhams investis par Auto Nejma au T2 comprennent des succursales, mais aussi des véhicules de courtoisie et d’essai. La montée en charge d’une nouvelle implantation doit donc absorber des moyens de démonstration et de service, au-delà de son aménagement immobilier.

Ennakl conserve, de son côté, 27 agences officielles à fin juin, avec un effectif de 385 personnes contre 286 un an auparavant. Un nombre stable d’implantations ne signifie pas un coût de réseau inchangé. Auto Hall met aussi en avant le financement, l’assurance et l’après-vente, sans détailler leurs contributions trimestrielles.

Le financement du cycle commercial se joue aussi dans les conditions d’achat. Ennakl publie un délai moyen de règlement de ses fournisseurs étrangers de 134 jours à fin juin, contre 153 jours un an plus tôt. Ce raccourcissement de 19 jours concerne une ressource que la seule statistique des véhicules vendus ne montre pas.

À lire ensuite

Ouvrir la ficheComparer aux pairs