Inflation américaine à 4,2% : l'or au plus bas depuis décembre, les marchés suspendus à la première Fed de Warsh
L’inflation américaine accélère à 4,2% en mai, tirée par la flambée de l’énergie. L’or retombe à ses plus bas niveaux depuis décembre, alors que les marchés attendent la réunion de la Fed des 16 et 17 juin.

L'inflation américaine poursuit sa remontée. Le Bureau of Labor Statistics a publié ce mercredi un indice des prix à la consommation en hausse de 4,2% sur un an en mai, contre 3,8% en avril. C'est le plus haut niveau depuis avril 2023 et le troisième mois consécutif d'accélération. Sur un mois, les prix progressent de 0,5%, en ligne avec le consensus.
Le moteur de cette poussée ne fait aucun mystère : l'énergie. Le conflit avec l'Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz continuent de désorganiser l'approvisionnement mondial en pétrole et en gaz. Résultat, les prix de l'énergie bondissent de 23,5% sur un an, l'essence s'envole de 40,5%, et le poste énergétique explique à lui seul plus de 60% de la hausse mensuelle de l'indice. L'alimentation n'est pas épargnée, avec une progression de 3,1% sur un an.
Mais le chiffre que les salles de marché ont vraiment retenu se cache dans le détail. L'inflation sous-jacente, qui exclut l'énergie et l'alimentation, ne progresse que de 0,2% sur le mois, sous les 0,3% attendus, même si elle remonte légèrement à 2,9% en glissement annuel. Autrement dit, le choc reste pour l'instant concentré sur l'énergie et ne se diffuse pas massivement au reste de l'économie. C'est la nuance qui sépare une inflation de choc d'offre d'une inflation installée et c'est précisément le débat qui va structurer la réponse de la Réserve fédérale.
L'or efface ses gains de 2026
Pour les métaux précieux, le contexte est brutal. L'or, qui touchait encore un record historique à 5 589 dollars l'once en janvier, est tombé ce mercredi à 4 133 dollars, enfonçant le creux du 23 mars et revenant sur des niveaux plus vus depuis le 1er décembre 2025. Le métal jaune avait déjà cassé sa moyenne mobile à 200 jours pour la première fois depuis octobre 2023, un signal technique que les vendeurs ont immédiatement exploité... L'argent souffre davantage encore, avec un décrochage de près de 10% sur la semaine écoulée.
Le paradoxe n'est qu'apparent. L'or est certes une couverture contre l'inflation sur le long terme, mais à court terme, c'est le niveau des taux réels qui dicte sa trajectoire. Or le rapport sur l'emploi de vendredi dernier, 172 000 créations de postes contre 85 000 attendues, a rebattu les cartes : les marchés évaluent désormais à environ 70% la probabilité d'une hausse de taux de la Fed d'ici décembre, contre 45% une semaine plus tôt. Goldman Sachs a retiré toute baisse de taux de son scénario 2026. Quand les rendements obligataires montent, le 10 ans américain a dépassé 4,50%, le coût d'opportunité de détenir un actif sans rendement comme l'or grimpe mécaniquement.
Deux forces de soutien demeurent toutefois. La Banque populaire de Chine en est à son dix-neuvième mois consécutif d'achats d'or, et la situation au Moyen-Orient reste suffisamment instable pour réactiver la prime géopolitique à tout moment. La détente du métal jaune traduit moins un retournement structurel qu'un repositionnement face à une Fed redevenue menaçante.
Les Bourses entre euphorie et anxiété
Sur les actions, la nervosité domine. Les indices américains avaient déjà accusé le coup après le rapport sur l'emploi, le MSCI World signant sa pire semaine depuis fin mars et le Nasdaq reste fragile à l'ouverture. Plusieurs grandes banques d'affaires alertent sur des niveaux de valorisation tendus dans un environnement où la perspective n'est plus à l'assouplissement monétaire mais, potentiellement, au resserrement. La lecture rassurante du core CPI offre un répit, mais le régime de marché a changé : chaque statistique d'inflation est désormais un événement de volatilité.
Tous les regards se tournent maintenant vers la réunion du FOMC des 16 et 17 juin, la première présidée par Kevin Warsh, le nouveau patron de la Réserve fédérale. Le statu quo sur les taux, actuellement entre 3,50% et 3,75%, fait quasiment consensus pour juin. L'enjeu est ailleurs : les nouvelles projections économiques et le dot plot diront si le comité valide le scénario d'une hausse d'ici la fin de l'année et comment Warsh entend arbitrer entre un choc énergétique qu'il ne contrôle pas et un risque de désancrage des anticipations qu'il ne peut ignorer.
Le CPI de ce mercredi et la décision de la semaine prochaine forment ainsi une séquence en deux temps qui devrait fixer la direction de l'or, du dollar et des actions pour l'été.



