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L’or rebondit après le CPI américain, mais le marché n’a pas encore tranché

Le métal jaune a repris plus de 2 % après un ralentissement inattendu de l’inflation américaine. Le mouvement éloigne le risque d’une hausse immédiate des taux de la Réserve fédérale, sans toutefois suffire à effacer les pressions qui pèsent sur l’or depuis plusieurs mois.

L’or rebondit après le CPI américain, mais le marché n’a pas encore tranché

Après être brièvement passé sous la barre des 4 000 dollars l’once, l’or a nettement rebondi mardi 14 juillet. Le cours spot progressait de 2,1%, autour de 4 084 dollars, tandis que le dollar reculait de 0,6 %. Cette réaction est intervenue quelques heures après la publication d’un rapport sur l’inflation américaine nettement plus favorable que prévu.

Une inflation moins forte qui change les anticipations

En juin, l’indice américain des prix à la consommation a reculé de 0,4 % sur un mois. Sur un an, l’inflation est revenue à 3,5 %, après 4,2 % en mai. Plus important encore pour les marchés, l’inflation sous-jacente, hors alimentation et énergie, est restée stable sur le mois et a ralenti à 2,6 % sur un an.

Ces chiffres ne signifient pas que l’inflation américaine a disparu. Ils réduisent cependant l’urgence d’un nouveau resserrement monétaire.

Avant la publication, les marchés attribuaient environ 35 % de probabilité à une hausse des taux lors de la réunion de la Réserve fédérale des 28 et 29 juillet. Cette probabilité est retombée autour de 10 % après le rapport. Pour septembre, la probabilité d’une hausse est passée de plus de 90 % à environ 60 %.

Le marché ne parie donc pas encore sur un retour rapide des baisses de taux. Il estime surtout que la Fed peut désormais attendre davantage de données avant d’agir.

Pourquoi l’or a-t-il réagi aussi fortement ?

L’or ne verse ni coupon ni dividende. Lorsque les taux obligataires augmentent, les investisseurs disposent d’alternatives rémunératrices plus attractives, ce qui tend à peser sur le métal jaune. À l’inverse, une diminution des anticipations de hausse des taux réduit son coût d’opportunité.

La baisse du dollar a également renforcé le rebond. L’or étant coté en monnaie américaine, un billet vert plus faible rend mécaniquement le métal moins coûteux pour les investisseurs utilisant d’autres devises.

Le World Gold Council estime, dans ses simulations, qu’une baisse de 25 points de base du rendement américain à dix ans pourrait correspondre, toutes choses égales par ailleurs, à une progression d’environ 1,75 % du prix de l’or. Il ne s’agit pas d’une prévision, mais d’une illustration de la sensibilité du marché aux taux d’intérêt.

La situation actuelle montre néanmoins que les tensions géopolitiques ne sont pas toujours immédiatement favorables à l’or. En théorie, l’instabilité internationale stimule la demande pour les valeurs refuges. Mais lorsque les tensions perturbent l’approvisionnement pétrolier, elles peuvent également provoquer une hausse de l’énergie, raviver l’inflation et pousser les banques centrales à maintenir des taux élevés.

C’est précisément ce mécanisme qui avait pesé sur l’or la veille. Le métal avait perdu environ 3 %, tombant autour de 3 997 dollars l’once, alors que la remontée des prix pétroliers faisait craindre une politique monétaire américaine plus restrictive.

L’or se trouve donc au centre de deux forces opposées : la recherche de sécurité soutient la demande, tandis que le risque inflationniste augmente le coût de détention du métal.

Le rebond est important... mais encore fragile

La hausse observée après le CPI doit également être replacée dans une perspective plus large. Selon les données reprises par le World Gold Council, le cours de référence LBMA avait atteint un sommet de 5 405 dollars l’once le 29 janvier 2026, avant de tomber à 4 001,80 dollars le 25 juin. Cela représente une correction proche de 26 %. Malgré le rebond du jour, l’or reste ainsi nettement inférieur à son record du début d’année.

Le retour au-dessus de 4 000 dollars éloigne temporairement le risque d’une accélération baissière. Il ne permet toutefois pas, à lui seul, de conclure à un retournement durable de tendance.

Pour confirmer une amélioration plus structurelle, le marché devra probablement observer plusieurs publications successives montrant une modération de l’inflation, accompagnées d’un recul durable du dollar et des rendements obligataires.

La prudence reste d’autant plus nécessaire que la Réserve fédérale continue de considérer les risques inflationnistes comme élevés.

Dans le compte rendu de sa réunion de juin, la banque centrale indiquait que ses prévisions d’inflation avaient été relevées en raison de l’augmentation des coûts énergétiques, des tensions au Moyen-Orient et d’autres pressions sur les prix. Ses économistes considéraient également que les risques entourant l’inflation restaient orientés à la hausse.

La Fed maintient par ailleurs un objectif d’inflation de 2 %, mesuré à travers l’indice des dépenses de consommation personnelle. Une inflation sous-jacente de 2,6 % au sens du CPI reste donc trop élevée pour permettre à la banque centrale de relâcher rapidement sa vigilance.

Ce que le marché surveillera désormais

Le prochain test immédiat sera la publication des prix à la production américains. Une nouvelle surprise favorable renforcerait l’idée que les pressions inflationnistes se modèrent réellement. À l’inverse, une forte hausse pourrait rapidement effacer une partie du rebond de l’or.

Les investisseurs suivront également les déclarations du président de la FED, Kevin Warsh, ainsi que l’évolution du pétrole et de la situation autour du détroit d’Ormuz.

Pour les investisseurs marocains, un autre facteur doit être pris en compte : la performance de l’or en dirhams dépend à la fois de son cours en dollars et de l’évolution du taux de change USD/MAD. Une hausse de l’or accompagnée d’un affaiblissement du dollar peut donc être partiellement atténuée une fois convertie en monnaie locale.

Le rapport sur l’inflation offre un répit réel au marché de l’or. Il réduit la probabilité d’une hausse immédiate des taux et montre que la flambée inflationniste du printemps n’est pas nécessairement devenue permanente.

Mais ce répit ne constitue pas encore un signal définitif.

La trajectoire du métal jaune dépendra désormais de l’arbitrage entre deux tendances : un ralentissement de l’inflation sous-jacente, favorable à l’or et une remontée potentielle des prix énergétiques, susceptible de maintenir la Fed sous pression. Après une correction proche de 26 % depuis son sommet, l’or vient surtout de gagner du temps. Il lui reste encore à démontrer que le rebond peut se transformer en véritable reprise.