Casa trébuche : le pétrole se détend mais les minières respirent

La Bourse de Casablanca a terminé la séance de jeudi en forte baisse. Le MASI a reculé de 2,26 % à 18 357,76 points, dans un marché dominé par les prises de bénéfices. Le mouvement a été particulièrement visible sur les valeurs minières : SMI a perdu 9,98 %, CMT 6,19 % et Managem 6,05 %.
À première vue, la séance peut sembler paradoxale. Sur le plan macroéconomique, la détente sur le pétrole aurait plutôt dû être favorable au Maroc. L’accord USA-Iran a retiré une partie de la prime de risque géopolitique sur le Brent, avec un marché qui commence à intégrer une normalisation progressive du trafic dans le détroit d’Ormuz. Pour un pays importateur net d’énergie, un pétrole moins tendu reste un signal positif : moins de pression sur la facture énergétique, sur les coûts importés et sur les anticipations d’inflation.
Mais ce jeudi, la Bourse de Casablanca n’a pas réagi d’abord au pétrole. Elle a réagi aux minières.
Le secteur arrivait à cette séance après un parcours très solide. En 2025, Managem a changé de dimension avec un chiffre d’affaires de 13,7 milliards de dirhams, en hausse de 55 %, un EBE de près de 6 milliards de dirhams et un RNPG de 3 milliards. Cette performance a été portée par les cours favorables des métaux, mais aussi par l’entrée en production de projets structurants comme Boto dans l’or et Tizert dans le cuivre.
SMI a également profité d’un environnement très porteur sur l’argent. Son chiffre d’affaires 2025 a progressé de 49 % à 1,56 milliard de dirhams, avec un résultat net de 397 MDH. La société a bénéficié à la fois de meilleurs prix de vente et d’une consolidation des volumes, ce qui a fortement renforcé ses marges.
CMT, de son côté, a renoué avec une dynamique plus favorable. Le chiffre d’affaires consolidé 2025 s’est établi à 690 MDH, en hausse de 18 %, avec un résultat net consolidé de 196 MDH après une perte l’année précédente. L’amélioration des performances opérationnelles, la maîtrise des coûts et la bonne tenue de l’argent ont soutenu le redressement.
Le début de 2026 a prolongé cette tendance. Managem a publié un chiffre d’affaires trimestriel de 5,75 milliards de dirhams, en hausse de 147 %. SMI a réalisé 411 MDH de chiffre d’affaires au premier trimestre, en progression de 36 %, malgré un recul des volumes produits. CMT a également signé un premier trimestre très solide, avec 342 MDH de chiffre d’affaires consolidé, soit une hausse de 102,4 % sur un an.
Autrement dit, la baisse du jour ne vient pas de mauvais résultats. Elle intervient au contraire après une séquence où les minières ont beaucoup donné au marché.
C’est ce qui rend la lecture de la séance plus intéressante. Quand un secteur publie de très bonnes performances, les cours finissent souvent par intégrer une partie de ces bonnes nouvelles. Le marché ne regarde plus seulement ce qui a déjà été réalisé ; il commence à regarder ce qui peut être répété. Et sur les minières, cette répétition dépend en partie de variables mondiales : prix de l’or, de l’argent, du cuivre, dollar, rendements américains et appétit pour le risque.
Le bon signal venu du pétrole a donc été éclipsé par un signal moins favorable venu des métaux précieux. Après la Fed, le dollar s’est raffermi et les rendements américains sont restés sous tension. Ce contexte a remis de la pression sur l’or et surtout sur l’argent, deux actifs très suivis par les investisseurs exposés aux minières marocaines. D’après les données de marché observées en séance, l’or reculait d’environ 0,7 %, tandis que l’argent perdait près de 2,6 %.
Cette correction des métaux n’efface pas les performances opérationnelles des sociétés. Elle change surtout le rythme du marché. Après plusieurs mois de hausse et de résultats solides, une partie des investisseurs a préféré sécuriser ses gains, surtout sur les valeurs les plus sensibles au cycle des matières premières.
La liquidité limitée de la place casablancaise a probablement amplifié le mouvement. Quand des valeurs visibles comme SMI, CMT et Managem corrigent fortement le même jour, la pression peut rapidement déborder sur le reste de la cote. Ce n’est pas nécessairement un signal de rupture sur les fondamentaux, mais plutôt une phase de digestion après un rally important.
La séance de jeudi ressemble donc moins à une sanction du secteur qu’à une respiration brutale sur des dossiers devenus très suivis. Les résultats 2025 restent solides. Le premier trimestre 2026 confirme encore une bonne dynamique. Mais après une telle progression, le marché devient plus sensible au moindre changement dans l’environnement mondial des métaux.
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