Marchés : la BCE dégaine, le pétrole plonge et une IPO entre dans l'histoire
Une semaine à deux vitesses sur les marchés mondiaux. Pendant que Wall Street encaissait les volte-face de Washington sur le dossier iranien pour finir quasiment à l'équilibre, l'Europe a tracé sa route : le Stoxx Europe 600 gagne 1,7% sur la semaine et le CAC 40 avance de 1,6% à 8.350 points.

Le tournant monétaire est acté en zone euro
L'événement de la semaine est venu de Francfort. La Banque centrale européenne a relevé ses taux directeurs de 25 points de base - une première depuis près de trois ans. Le geste n'a surpris personne, mais il officialise un changement d'ère : face à des prix de l'énergie qui alimentent les anticipations d'inflation, l'institution veut montrer qu'elle garde la main.
De l'autre côté de l'Atlantique, le tableau se complique. L'inflation américaine repasse au-dessus de 4%, un niveau plus vu depuis le printemps 2023, et le marché commence à intégrer une hausse de 25 points de base de la Fed d'ici décembre. Réponse dès la semaine prochaine : pas moins de dix banques centrales se réunissent, avec en tête d'affiche la Réserve fédérale et la toute première conférence de presse de son nouveau président, Kevin Warsh. Un baptême du feu très attendu.
Le pétrole décroche de 9%
Sur les matières premières, le fait marquant est le plongeon du brut : environ -9% sur la semaine pour le Brent, qui revient vers 86 dollars, au plus bas depuis près de deux mois. En cause, la perspective d'un accord entre Washington et Téhéran, qui comprendrait une prolongation du cessez-le-feu de 60 jours et la réouverture du détroit d'Ormuz — par où transite près d'un cinquième du pétrole mondial. Rien n'est signé, et Téhéran répète qu'aucune décision finale n'est prise. Mais le marché, lui, a déjà choisi son scénario.
L'or suit le mouvement de détente : le métal jaune lâche environ 3% sur la semaine, à 4.213 dollars l'once, après avoir frôlé le seuil symbolique des 4.000 dollars en cours de semaine. Un environnement de taux durablement élevés ne plaide pas pour l'actif refuge, malgré le soutien persistant des banques centrales acheteuses. Le cuivre n'est pas épargné : 13.380 dollars la tonne sur le LME, un creux de trois semaines, alors même que les stocks continuent de fondre dans les entrepôts londoniens.
la combinaison pétrole en baisse / métaux précieux en correction est exactement le cocktail qui a secoué la cote casablancaise cette semaine (voir notre point hebdo Maroc). Facture énergétique allégée d'un côté, valeurs minières sous pression de l'autre.
SpaceX écrase tous les records
Le symbole de la semaine reste l'introduction en bourse de SpaceX à New York : la plus grosse IPO de l'histoire, à la fois par les montants levés et par la valorisation atteinte. Dans un marché nerveux, l'opération prouve qu'un récit suffisamment puissant peut encore défier la gravité.
Le contraste est saisissant avec le reste de la tech américaine. Oracle dévisse de près de 14% après avoir annoncé des investissements dans l'IA bien plus lourds qu'attendu pour 2027, ravivant les doutes sur la rentabilité du secteur logiciel — SAP (-13%) subit la contagion en Europe. Adobe abandonne près de 19%, sanctionné moins pour ses résultats (pourtant supérieurs aux attentes) que pour le départ surprise de son directeur financier. À l'inverse, les équipementiers semi-conducteurs flambent : KLA s'envole de 32% sur fond de relèvements d'objectifs en cascade et d'un split de son action, Applied Materials prend 25% après l'inauguration d'un site à 500 millions de dollars à Singapour.
Les cryptos décrochées du wagon IA
Le bitcoin se stabilise autour de 63.000 dollars après quatre semaines de baisse consécutive — il en valait 83.000 il y a un mois, et 126.500 à son pic de fin 2025. Les ETF bitcoin spot américains enregistrent 5,8 milliards de dollars de sorties nettes, ramenant leurs encours à 79,5 milliards, au plus bas depuis fin 2024. La capitalisation totale du marché crypto retombe vers 2.150 milliards de dollars. Le diagnostic est simple : tant que l'intelligence artificielle aspire toute la liquidité spéculative, les actifs numériques restent en salle d'attente.
À suivre la semaine prochaine
Dix banques centrales, donc, avec la Fed en juge de paix. Pour les investisseurs marocains, le niveau des taux américains et l'évolution du dollar restent les deux variables à surveiller : elles conditionnent à la fois le coût des financements en devises et la trajectoire des métaux précieux — donc, par ricochet, celle des minières de la cote.



